C1 – Extraits

— Extrait 1 —

L’instant

Ce chapitre examine la nature de l’instant d’un point de vue dualiste puis au moyen d’une enquête approfondie, le but étant de réduire les afflictions liées à la saisie des instants passés, de l’instant présent et des instants futurs.

Ce chapitre aborde les sujets suivants :

• Vue dualiste
• Enquête
• Qu’est-ce que l’instant ?
• Vivre dans l’instant,
• L’énigmatique continuité des instants,
• L’impossible saisie de l’instant présent,
• Le présent dans la méditation,
• La question de la durée de l’instant,
• Spéculations sur la durée de base de l’instant,
• La subjectivité de la notion d’instant,
• Confusions à propos du concept d’instant,
• Effets de l’examen du concept d’instant.

Vue dualiste
L’instant peut signifier une durée très brève, comme dans l’expression : « Je reviens dans un instant ». L’instant présent peut faire référence au laps de temps que l’on est en train de vivre, mais il arrive qu’il est considéré comme une frontière sans épaisseur entre le passé et le futur. L’instant intervient également dans l’expression « vivre dans l’instant » avec le sens de ne pas se préoccuper des soucis du passé et des craintes relatives à l’avenir.

Enquête
Cette enquête (Qu’est-ce que… à Effets…) aborde le concept d’instant dans une perspective de bien-être et de sagesse. L’objectif est que le terme « instant » ne puisse plus nous aliéner par son venin ou faire de nous son esclave.
La série de questionnements qui constitue cette enquête est destinée à montrer l’impossibilité pour l’esprit conceptuel d’appréhender pleinement la notion d’instant…

Qu’est-ce que l’instant ?
Nous ne savons pas ce qu’est un instant et pourtant il fait partie de notre vie. Il y a d’une part le sentiment du temps (le temps ressenti) et d’autre part le sentiment de l’instant, une espèce de segment de courte durée dans la ligne du temps. L’instant change toujours et ne peut être saisi. C’est un nom que l’on associe au plus petit changement de la manifestation (l’ensemble des apparences), cet « atome » de changement étant d’ailleurs très variable et très subjectif. Il est notre unité de perception des phénomènes dans le sens que lorsqu’un phénomène s’efface au profit d’un autre, il y a changement d’instant.

Vivre dans l’instant
L’expression « vivre dans l’instant ! » souvent véhiculée dans des « confidences » médiatiques, n’est pas aussi claire qu’elle n’y paraît. Ce slogan qui semble indiquer la possibilité de vivre autrement qu’en pensant aux soucis passés et aux craintes ou espoirs futurs, est souvent interprété comme une invitation à s’engager dans ses passions immédiatement, pour être sûr de les expérimenter avant  la mort, car il n’est pas du tout certain qu’on puisse le faire après, surtout qu’on ne sait rien de ce qui se passe en aval de la destruction du corps et qu’on se limite souvent à des croyances ou non croyances ornées d’arguments plus ou moins convaincants. Cette réaction extrême est plutôt le signe d’un désespoir, car il ne semble pas qu’il y ait un besoin urgent de s’exciter lorsqu’on est heureux.

Il y a cependant sur le « vivre dans l’instant » une autre opinion, plus paisible, qui consiste non pas à s’aveugler dans des bouillonnements capricieux, mais à s’impliquer, sans se disperser, dans la situation présente, quelle qu’elle soit. La méditation est également une façon de vivre dans l’instant, hors des préoccupations du passé et du futur, à la différence que dans le premier cas on se laisse distraire par les pensées, contrairement à la méditation où l’on exerce sa vigilance.
La volonté de revivre un instant, une rencontre, un événement, une grande joie du passé, peut entraîner des déceptions et des remords, et pourtant cet instant n’a plus aucune réalité.

L’énigmatique continuité des instants
Un instant s’efface au profit de l’instant suivant de façon régulière, sans entrer en conflit avec lui ni le détruire. Il y a une continuité entre les instants. Les instants se suivent, mais il est impossible de les isoler, de les distinguer. Soit les instants sont trop courts pour qu’on puisse les discerner individuellement, soit ils ne sont pas isolés les uns des autres, et ce serait la raison pour laquelle on ne voit pas leur frontière. On pourrait envisager que l’instant est très souple, qu’il  n’obéit pas à la logique commune, ou que le concept d’instant n’est pas pertinent. On peut également imaginer que les instants ne sont que des « éclairs », et que leur apparente continuité est assurée par une sorte d’intégration (au sens mathématique du terme) au niveau conceptuel.

L’impossibilité de saisir l’instant présent
Bien que nous sachions que l’instant présent est là, puisqu’on y est et qu’on ne peut en sortir, il est impossible de le saisir puisque dans le meilleur des cas on pointe l’instant qui vient juste de passer.
Lorsqu’on cherche l’instant présent, on ne le trouve pas. On peut se souvenir du dernier instant passé mais non de l’instant présent. L’examen de la manière dont on le cherche révèle une dualité entre le chercheur et l’objet de recherche. Or l’instant n’étant pas un objet, ce type de recherche n’est pas valide. Par contre, si on abandonne cette dualité, si on lâche prise, on peut considérer que l’on est dans l’instant présent. Lorsqu’on demeure dans l’instant présent sans être perturbé par une pensée, on n’a pas l’impression d’être dans un temps, d’être assujetti à une durée. C’est tout à fait autre chose. C’est comme si le temps s’était transformé en un espace sans contrainte. On ne sait pas ce qu’est devenu l’instant.
On est toujours dans l’instant présent sauf lorsqu’on essaie de le saisir, puisque alors on saisit le concept de l’instant présent (un objet mental) et non l’instant réel.

— Extrait 2 —

Moment 3

Lâcher prise… Se détendre… Demeurer…
Seulement demeurer… habiter dans l’ici maintenant…
En cet instant de parfaite villégiature avec le présent,
Le passé n’existe plus… Les souvenirs ne règnent plus…
Notre identité sociale, la famille, les proches, les amis…
Même nos ennemis les plus âpres…
Tout disparaît de notre mental
Dans la transparence immune de l’instant…

Nos problèmes ont également disparu,
Qu’ils soient familiaux, professionnels ou autres.
Ce ne sont que des jeux de phénomènes,
Éphémères émanations de l’interdépendance…
Illusion de juger les illusions.
Jugements et illusions cachent la lumière sans naissance…
Nous n’avons nul besoin de ces rouages obscurs
En cet instant qui s’ouvre, au bord du large…

Ce n’est pas le moment de peaufiner des programmes,
De se flétrir dans les incertitudes du lendemain.
Tous les soucis et préoccupations liés à l’avenir
Sont piètres oripeaux d’une terre illusoire…
Le futur n’est pas encore… Est-il réel en cet instant ?
Y-a-t-il un futur, ici et maintenant ?

(…)